« Je vis des aides, les Français travaillent pour moi » : quand une vidéo TikTok déclenche la tempête
Le buzz d’un homme qui s’affiche « roi du système »
Vous l’avez peut-être croisé, cette vidéo au titre accrocheur : « Je vis des aides de la France, les Français travaillent pour moi ». Derrière ce slogan choc, un homme, se présentant sous le pseudonyme « ALP », qui réside à Paris, s’est offert un (court) quart d’heure de gloire sur TikTok, cumulant plus de 360 000 vues en à peine quelques jours. Son credo ? Détailler, un sourire aux lèvres, comment il « profite » à plein régime du modèle social français, le tout agrémenté d’un ton volontairement provocateur. Dans la vidéo, il lâche : « Tous les Français bossent, vous vous levez tous les matins à 6h pour aller bosser, pendant que moi je dors, je me lève à midi. Et à la fin du mois j’ai mon RSA, je touche 600 euros, et j’ai 300 euros de la mission locale qui me paie tous les mois. Ça fait 900 euros. Mon loyer coûte 500 euros, j’ai des APL de 350 euros, donc en gros je paie le loyer 150 euros. À la fin du mois j’arrive à économiser 600 euros à ne rien faire ». Avouez, ça fait rêver… ou grincer des dents.
Un récit trop beau (ou trop cynique) pour être vrai ?
Mais la démonstration ne s’arrête pas là. L’intéressé continue sur sa lancée, expliquant que la mission locale financerait son permis de conduire à hauteur de 1 300 euros, prendrait également en charge son passe Navigo (84 euros mensuels pour sillonner l’Île-de-France), sans oublier des assistantes sociales qui paieraient « l’électricité, le gaz, l’eau », les Restos du cœur, bref, le kit complet du parfait assisté volontaire. Il assume : « Moi je fais rien, j’ai décidé de ne rien faire. Tous les Français, vous avez le seum, vous travaillez et payez des impôts pour moi, pour qu’on me paye », revendiquant fièrement « profiter du système » à chaque occasion.
Difficile de ne pas susciter la réaction du public… et des autorités. Internautes choqués, commentaires à la pelle, polémiques à foison : le sujet tombe dans l’arène des débats nationaux.
Réactions officielles : la Cnaf et la ministre montent au créneau
- Caisse nationale des allocations familiales (Cnaf) : Face au tollé, la Cnaf – qui verse le RSA et les APL – indique sur X qu’elle a « identifié » l’individu, précisant que « des contrôles sont en cours ». Les premiers constats font état de « doutes sur ses affirmations » et la Cnaf évoque la possibilité de « fake-news » et même « d’incitation à la fraude »… La promesse est claire : en cas de fraude avérée, plainte sera déposée.
- La ministre des Solidarités et des Familles, Aurore Bergé : Impossible pour la ministre de rester silencieuse. Elle met en garde contre « les vidéos d’individus ne cherchant que le buzz et se faisant sur le dos de la vérité et de la solidarité nationale ». Contacté par Le Figaro, son cabinet constate : « Aucune fraude n’a été constatée à ce jour par cet individu. À priori nous sommes plus proches de la recherche de buzz que du fraudeur », même si les investigations de la Cnaf se poursuivent. S’il s’agit bien de faux, la sanction suivra.
La vidéo, qui a indigné une large partie des internautes, devient ainsi le prétexte à un sérieux rappel à la vigilance sur la circulation de contenus douteux. Dans l’entourage ministériel, on martèle la nécessité de rester ferme face aux fraudeurs, tout en appelant à ne pas s’enflammer devant chaque vidéo virale.
Arrière-plan : une nouvelle lutte contre l’incitation à la fraude
L’affaire ALP n’est pas isolée. En septembre dernier, un certain Mertel, youtubeur, avait déjà fait sensation avec une vidéo où il s’attribuait 1 800 euros nets en allocations mensuelles « sans rien foutre » — cumul qui avait déclenché une première salve de réactions. La ministre Aurore Bergé avait alors déposé, avec Thomas Cazenave, un amendement créant un délit d’incitation publique à la fraude sociale, notamment sur internet et les réseaux sociaux. Ce nouveau délit sera puni de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende à partir du 1er janvier.
Le malaise ne vient donc pas uniquement de la fraude, mais du sentiment, partagé par beaucoup, que le système permet à certains de bénéficier d’avantages sans avoir jamais cotisé, pendant que d’autres (ceux qui travaillent et cotisent) se sentent floués. Les allocations, la gratuité des soins, voire de l’école pour les enfants, sont autant d’exemples mis en avant par certains commentateurs, soulignant qu’aucune fraude n’est commise pour autant : « Ils sont des millions à profiter du système, sans avoir jamais cotisé et sans fraude aucune. »
En somme, cette polémique ramène sur la table la question brûlante de la solidarité nationale, de ses bénéficiaires et de la justice perçue du système. L’incitation à la fraude sur les réseaux ne passera plus inaperçue, mais prudence : défenseurs et opposants du système ont chacun leur lecture, et la vérité, elle, n’est jamais aussi simple qu’un slogan sur TikTok…













