Imaginez une mer de toits gris à perte de vue, des pavillons en rang serré façon bataillon de clones, et, au milieu de tout cela, un manoir entouré de son gazon impeccable. Non, il ne s’agit pas d’une illustration du tube de France Gall, mais bien de la réalité au nord-ouest de Sydney, où la famille Zammit résiste fièrement aux assauts des promoteurs immobiliers. Un vrai symbole contre la bétonisation du monde, façon David contre Goliath version gazon et béton !

Un manoir encerclé, mais inébranlable

Au fil des années, les Zammit ont vu leur havre de paix, situé à quarante minutes du centre d’affaires de la capitale australienne et doté d’une vue imprenable sur les pittoresques Blue Mountains, se faire assaillir par des centaines de pavillons identiques. Leur superbe demeure trône désormais au beau milieu d’un océan de maisons qui se ressemblent toutes, là où il y a seize ans encore, s’étendaient des terres agricoles parsemées de petites maisons et de cottages en briques rouges, comme le raconte Mme Zammit au Daily Mail Australia.

Mais pas question pour ce couple de troquer souvenirs et quotidien paisible contre une montagne de billets. Pourtant, les promoteurs n’ont pas lésiné : selon les experts, leur parcelle vaudrait aujourd’hui 60 millions de dollars australiens (près de 58 millions d’euros !), alors qu’elle ne pesait « que » 850 000 dollars il y a moins de dix ans. Pourquoi tant d’empressement ? Car ce terrain pourrait accueillir pas moins de quarante nouveaux logements uniformes. Tentant, certes… mais la famille Zammit campe sur ses positions, insensible à l’appât du gain.

Pressions à tous les étages, mais solidarité planétaire

La mallette remplie de billets ne remplacera jamais une maison pleine de souvenirs. Pendant des mois, les géants de l’immobilier ont tenté leur chance, redoublant de propositions aussi mirobolantes qu’envahissantes, dans l’espoir de convaincre ce dernier bastion à rejoindre les rangs uniformisés du quartier. Nada. Niet. Les Zammit résistent — et, ce faisant, ils sont devenus le symbole mondial des irréductibles qui affrontent les bulldozers.

L’histoire fait des remous bien au-delà des frontières australiennes. Cette affaire a été relayée dans le monde entier et, sur les réseaux sociaux, la vague de soutien ne faiblit pas :

  • « Tant mieux pour eux. Ne vous inclinez pas devant les grandes entreprises cupides », a félicité Jim Robinson, cité par Realestate.com.
  • « Bravo à eux, pourquoi les développeurs devraient-ils s’enrichir ? », a renchéri Leo Dobjansky.

Cependant, certains observateurs restent inquiets. Ken Lewis, par exemple, anticipe d’éventuelles pressions gouvernementales : « S’ils ne vendent pas à temps, les tarifs municipaux ajustés les feront sortir à la fin ».

Quand le rêve pavillonnaire se standardise…

Le contraste est saisissant : le quartier tout entier a perdu son charme d’antan, devenu méconnaissable. Ce patchwork de pavillons, chacun arborant son petit carré de verdure, est aujourd’hui le rêve de nombreuses familles. Comme l’analyse la sociologue Anne Lambert (auteure de L’envers du décor pavillonnaire), le pavillon a changé de dimension : « Aujourd’hui, le pavillon est devenu plus accessible… Le pavillon est presque devenu un bien de consommation avec la construction en série et l’essor des constructeurs de maisons individuelles. »

Mais tout ce gris aligné cache parfois une réalité moins reluisante. Certains n’hésitent pas à parler de « nouveaux HLM à plat ». Anne Lambert poursuit : « Cela veut dire que la promiscuité verticale devient horizontale, la mauvaise facture des grands ensembles et la standardisation se retrouvent et la population est la même ». Voilà qui donne à réfléchir sur l’avenir de nos banlieues.

Le manoir, dernière forteresse : et après ?

Au centre de ce panorama monotone, le manoir des Zammit, façon Windsor, fait figure d’exception avec son immense garage triple et même un terrain de basket-ball. La famille confie malgré tout son regret face à un voisinage bien moins bucolique qu’à ses débuts. Mais pas question de céder ni à la mode, ni aux sirènes du profit. En refusant la standardisation, les Zammit rappellent que la résistance n’est pas (que) le titre d’une chanson connue ; c’est aussi une façon d’exister, un choix… et, pourquoi pas, une source d’inspiration pour tous ceux qui rêvent d’authenticité.

Alors, face au béton roi et à l’empire du pavillon, peut-être qu’un gazon parfaitement entretenu et une poignée de souvenirs valent – au moins – 60 millions de dollars !

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