Qui aurait cru qu’un « tas de cailloux » couronné de mousse et d’herbes folles deviendrait le théâtre d’une renaissance architecturale hors du commun ? Il fallait une sacrée dose de folie douce – et d’audace – pour bâtir une maison contemporaine directement sur le toit d’un château en ruine. Pari complètement fou, défi technique, mais surtout, aventure humaine à couper le souffle signée Jean-Jacques Julien à Goudet, en Haute-Loire.

Le coup de foudre inattendu pour un « champ de ruines »

L’histoire commence avec un homme – Jean-Jacques Julien – architecte de son état, mais aussi fils et petit vacancier hanté par les souvenirs des étés passés à Goudet auprès de son père. Le château de Beaufort, perché sur son piton rocheux, n’avait rien d’un monument tentant : « une sorte de bougie qui a fondu tout en haut, un tas de pierres avec quelques murs seulement et de l’herbe partout », se souvient-il. Bref, le rêve de tout passionné de… démolition !

C’est par pure émotion, par affection filiale aussi, qu’il se renseigne sur ce vestige. Atteint d’un « coup de cœur familial » pour ces ruines, il contacte Michel Guyot, châtelain à Saint-Fargeau et alors propriétaire des lieux, qui le remet vite à la réalité :

  • Pas d’archives sur le château
  • Interdit de restaurer le monument classé
  • Diagnostic DRAC très pessimiste : dans 15 ans il n’en restera plus rien

Mais « impossible » ne fait pas partie du vocabulaire de Jean-Jacques Julien. Fidèle à ses fulgurances, il annonce : « J’achète ! ». Mêmes les proches s’interrogent sur la lucidité du passionné, le père en tête… Un acompte envoyé, la décision actée, le parcours du combattant peut commencer.

L’aventure des autorisations et des premières découvertes

Convaincre la DRAC (Direction régionale des affaires culturelles) relève du défi. Mais, coup de théâtre : « Par le plus grand des hasards, j’ai obtenu une autorisation de la Drac ». Deux ans d’insistance et d’arguments plus tard :

  • Le projet n’ankylose pas les ruines mais s’y pose avec légèreté
  • Il est réversible et peut être démonté sans abîmer le monument
  • L’idée : stopper l’hémorragie, bloquer la disparition en habitant les pierres… sans les dénaturer

Obtenir ce feu vert étonne tout le monde !

Mais attention, pas question de reconstruire comme au 13e siècle. Au mieux, l’architecte peut consolider, nettoyer. En extirpant une souche coincée dans un mur, il découvre une cour intérieure, puis une salle voûtée : « des trésors à nul autre pareil ». Cependant, la malédiction du château menace toujours… et dès la première année, 10 à 15 mètres carrés de murs s’écroulent, vérifiant les sinistres prédictions des experts.

Un chantier d’équilibriste et la naissance d’une maison unique

Trois ans de chantier, quelques cheveux blancs de plus, mais la magie opère. Pour préserver le paysage, même la toiture végétalisée a nécessité d’acheminer terre et plantes par hélicoptère. (On aurait pu s’attendre à des sangliers bénévoles, mais non !)

Au final, la demeure sort du sol – ou plutôt se pose sur les vieilles pierres comme une libellule sur une branche. Entièrement construite en bois et verre, la maison de 180 m² sait se faire discrète. Six chambres, tout le confort moderne, mais un respect absolu du lieu. L’ensemble ne touche pas à l’intégrité du château ; il se glisse dans la forteresse de pierre sans la violer.

Plus qu’une maison : un nouveau symbole pour le paysage

Grâce à ce projet visionnaire, le château de Beaufort renaît littéralement de ses cendres. L’été, la bâtisse entrouvre ses portes au public. Pour son créateur, le sens ne s’arrête pas aux murs :
Le château a une dimension sociale énorme. C’est un code dans le paysage, le signal d’une présence, d’une puissance, d’une autorité. Sa position dans les hauteurs est symbolique, entre Dieu et les peuples.

Même vu du ciel – il existe une époustouflante vidéo de drone – l’intégration de la maison contemporaine séduit : le regard se perd sur le paysage incroyable, et la construction semble presque disparaître dans la silhouette tourmentée des ruines.

Point final ? Non, plutôt un signal fort. En France, tant de ruines attendent de renaître grâce à l’audace de passionnés comme Jean-Jacques Julien. Rêveurs, réveillez-vous : la prochaine aventure n’attend que vous et votre grain de folie !

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