Ni clim ni béton : comment la terre crue se (re)fait une place au soleil… pour mieux le garder à distance ! Dans un monde où la chaleur flirte parfois avec l’insupportable et où le dioxyde de carbone nous colle aux baskets, la construction en terre crue revient par la grande porte. Et non, ce n’est pas (que) pour les nostalgiques du siècle dernier. On vous emmène à Montanay, près de Lyon, où traditions, coups de pelle et innovations s’allient pour des bâtiments naturellement frais et bas carbone.

Le « pisé » : la clim’ ancestrale et écolo

En plein mois d’août, pendant que les ouvriers s’activent à transpirer sous un soleil de plomb, la future médiathèque de Montanay, elle, promet déjà une fraîcheur *nature*. La technique utilisée n’a rien de secret pour nos ancêtres : le pisé, c’est l’art de construire des murs en terre crue, épaisse et bien tassée, posée couche après couche puis séchée au soleil. Selon Camille Announ, dirigeant de l’entreprise Le Pisé chargée de la maçonnerie, cette méthode ancestrale, très répandue en Rhône-Alpes jusque début XXᵉ siècle, garantit un bâtiment capable tout seul – sans aucun artifice – de préserver confort et fraîcheur, même lors des plus fortes chaleurs.

Pourquoi ? Grâce à l’épaisseur massive des murs, autour de 50 cm, alliée à l’inertie thermique du matériau. Résultat : un “effet tampon” qui rend la vie agréable à l’abri de la canicule, tout comme dans une maison de pierre. Mais surtout, toutes les constructions en terre crue bénéficient d’un superpouvoir supplémentaire : la régulation hygrothermique.

  • Absorption de l’humidité excédentaire en hiver
  • Évaporation de cette humidité en été
  • Température ressentie naturellement plus basse

Autrement dit, c’est comme une climatisation naturelle… sans facture d’électricité ni remords écologiques !

Le patrimoine oublié des maisons en terre crue

Si le pisé rayonne autour de Lyon, d’autres techniques ancestrales flirtent partout en France : la bauge en Bretagne, le torchis à l’Est et en Normandie. Mathieu Lecaille, chercheur à l’ENTPE et spécialiste du bâtiment durable, le confirme : notre pays recèle un important patrimoine de constructions en terre crue, mais presque tout le monde l’ignore. À Montanay, la terre ayant servi à la future médiathèque n’a pas fait des kilomètres : récupérée sur deux chantiers situés à moins de 3 km, elle permet un bilan carbone imbattable, se réjouit Julie Benezet, du cabinet Zeppelin architectes. Pour elle, la matière première est « super locale », difficile de faire mieux.

La magie (simple) du pisé : un peu d’eau, de terre et d’électricité

Exit les processus industriels ultra-polluants ! Ici, la recette est sobre :

  • De la terre filtrée pour retirer les cailloux les plus ambitieux
  • Un soupçon d’eau
  • Un passage au pilon électrique pour compresser le mélange
  • Des blocs solides, prêts à être posés sur un soubassement en béton qui les isole des remontées d’humidité

Pas besoin de cuissons à très haute température, très émettrices de CO2 – contrairement au ciment, rappelle Mathieu Lecaille. Autre atout qui ferait pâlir d’envie les matériaux modernes : la recyclabilité du pisé est quasi infinie, et on n’y retrouve quasiment aucun déchet !

Un nouvel essor… avec quelques défis auxquels il faut s’armer de patience

Face à la prise de conscience écologique et à la législation qui enfonce le clou (la loi RE2020 oblige désormais les constructions publiques à limiter leurs émissions de CO2), la demande explose : Camille Announ l’affirme, chez Le Pisé, elle a été décuplée depuis 2017. Mais tout n’est pas simple pour autant.

Le pisé, aussi solide et vert soit-il, a ses limites. Généralement, les bâtiments se limitent à trois niveaux, la question de la hauteur reste donc un sujet. Autre particularité, que ne dément pas Julie Benezet : avec la terre crue, on ne peut pas faire des trous partout comme avec le béton, autant prévoir fenêtres, portes et planchers bien à l’avance !

Le prix peut aussi refroidir quelques ardeurs :

  • La matière première est bon marché et abondante
  • Mais la main-d’œuvre qualifiée et le temps nécessaire à la construction pèsent sur le budget
  • Chantiers possibles seulement entre avril et octobre
  • La terre met parfois plusieurs mois à sécher, suivant la météo

Construire en pisé prend donc du temps. Mais après tout, bâtir pour demain, n’est-ce pas accepter un certain « jeu de patience » ?

En conclusion ? La terre crue n’a pas fini de surprendre et de rafraîchir la planète. Il ne reste plus qu’à (re)découvrir ce patrimoine, et pourquoi pas, à y trouver la fraîcheur… du futur !

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