Et si la solution pour bien vieillir, c’était d’imaginer un immeuble où la solitude prend la porte, où la raclette redevient un plaisir partagé (pas un trophée de cuisine solitaire sur chaque étage) et où, surtout, l’humain prime ? À Vaulx-en-Velin, dans le quartier populaire des Barges, des retraités ont décidé de réinventer leur quotidien ensemble. Voici la recette authentique de leur vie commune… et ce n’est pas qu’une question de fromage fondu !

De l’isolement à l’entraide : quand la retraite s’écrit en collectif

C’est un constat qui fait sourire, mais qui en dit long : « Avant, je vivais dans un immeuble où il y avait peut-être 60 appareils à raclette. Ça n’avait aucun sens », confie Patrick, instituteur à la retraite de 73 ans. La bonne humeur de la table, oui, mais l’indifférence glaciale du voisinage, non merci. Longtemps, la colocation était l’apanage des étudiants fauchés rêvant de couper la facture de chauffage. Aujourd’hui, d’autres profils osent franchir le pas—et pas forcément pour des motifs financiers.

En 2017, une poignée d’amis, bien décidés à agir autrement, fait sortir de terre leur immeuble idéal : seize logements individuels, dans un bâtiment écologique, pensés pour ceux qui souhaitent traverser les 3ème, 4ème et 5ème âges sans s’oublier ni s’isoler. Exit les silences anonymes des grandes tours : ici, dix-huit habitants de 68 à 83 ans partagent non seulement quatre étages, mais aussi un projet de vie fondé sur l’inclusion, l’entraide et l’engagement.

Un immeuble où la vie s’organise et se partage

« A chaque étage, tout ce qui se trouve dans cet espace est mis à disposition de tous les habitants », explique Patrick, qui nous fait visiter, tee-shirt bleu et la convivialité en bandoulière. On croise des pommes, des bananes et des poires dans des corbeilles en osier tressé. Un rideau aux motifs animaliers cache sagement une table à repasser et quelques indispensables du quotidien. À gauche de l’ascenseur, une bibliothèque collective en bois sombre regorge de romans policiers qui n’attendent plus que les insatiables lecteurs des lieux.

Habiter Chamarel (leur coopérative d’habitants, maison residence Est Lyonnais), c’est aussi profiter :

  • D’un coin personnel confortable (45 à 55 m²),
  • D’espaces communs pour le partage des objets et le bavardage improvisé,
  • D’un quotidien sans superflu ni redondances absurdes (oui, un escabeau, c’est suffisant pour l’étage !),
  • De moments culturels, associatifs et citoyens partagés.

La seule condition pour rejoindre l’aventure ? Être à la retraite et prêt à enrichir, par sa présence et ses rêves, un projet collectif mûrement réfléchi.

Principes et valeurs : la recette d’un habitat qui fait du bien

Ce qui rassemble les habitants de Chamarel, c’est un socle de principes et de valeurs que chacun fait vivre chaque jour :

  • La coopération, par une gestion collective et régulée du projet et du lieu ;
  • L’écologie, avec une construction et un fonctionnement respectueux du développement durable ;
  • La citoyenneté, en pensant leur habitat comme un lieu ouvert, ancré dans son quartier et dans la vie locale ;
  • L’équilibre entre vie privée et vie commune, pour continuer à exister pleinement sans jamais être absorbé ;
  • La laïcité et l’éducation populaire, pour que le vivre-ensemble soit ouvert à tous sans distinction.

Chacun s’engage, selon ses envies, dans la vie associative, culturelle, et le lien avec les générations. Pas besoin de diplôme d’altruisme, juste l’envie de raviver le plaisir de l’échange et la solidarité.

Un modèle qui donne des idées ?

À Chamarel, on croise des prénoms, des rires, des souvenirs et des projets. On partage beaucoup, on respecte l’intimité, on alimente la bibliothèque, la corbeille de fruits ou la discussion de palier, mais surtout… On a redécouvert le sens du mot voisin. Ici, on vieillit peut-être, mais certainement pas tout seul !

En conclusion : la recette de ces retraités pour mieux vieillir ensemble a tout d’un modèle à suivre. Prendre sa vieillesse en main, dans un habitat écologique, ouvert, et nourri d’engagements partagés : voici la démonstration qu’il n’est jamais trop tard pour se réinventer, ni pour vivre — vraiment — avec et pour les autres.

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