Ni escaliers ni ascenseur : l’incroyable secret des immeubles ronds de Saint-Étienne
Vous croyez tout connaître de l’architecture urbaine ? Que nenni ! Au cœur de Saint-Étienne, sur le boulevard Daguerre, deux bâtiments intriguent – et ce depuis près d’un siècle. Les Chalets de Bizillon, surnommés à juste titre les « Maisons sans escalier », défient les repères habituels des logements collectifs. Leur secret ? Ici, ni marches pour vous couper les jambes, ni ascenseur pour vous faire attendre à chaque étage… mais un autre système, aussi fluide qu’accessible. Prêt pour la visite guidée ?
Des bâtiments visionnaires signés Auguste Bossu
L’histoire démarre dans les années 1930. L’architecte Auguste Bossu pose une question simple mais révolutionnaire : et si l’on vivait “sans/différemment” la verticalité ? Selon lui, l’escalier était un « moyen barbare » pour grimper dans les étages ! Avec ce jugement tranché, Bossu imagine alors un habitat collectif où monter chez soi ressemblerait à une balade dans la rue.
- Chalets de Bizillon construits en 1933 puis 1939-1940
- 36 logements par immeuble, sur six étages
- Pas d’escaliers – mais une rampe hélicoïdale à faible pente tout autour d’un vaste espace central
Cette rampe, loin d’une simple lubie architecturale, offre à chaque résident – jeune comme âgé, en forme comme convalescent – la possibilité de circuler à son rythme, comme sur un paisible trottoir.
Un extérieur aussi remarquable que l’intérieur
Mais l’innovation ne s’arrête pas à la circulation (ni à l’absence de sport imposé pour aller acheter son pain). De dehors, impossible de manquer leur façade au dessin géométrique saisissant : un enchevêtrement de cercles et d’hexagones, rythmé par six arêtes saillantes, qui leur confère une allure à la fois futuriste et singulière dans le paysage stéphanois. Le centre de chaque immeuble – point névralgique – s’ouvre sur un vaste espace commun, inondé de lumière naturelle grâce à une coupole en béton armé percée de briques de verre. Ambiance amicale et luminosité garanties pour les rencontres impromptues entre voisins !
À l’entrée, jets d’eau et compositions minérales composent un accueil rafraîchissant, illustrant la précieuse attention de Bossu à l’expérience sensorielle et au détail. Pas de doute, ici, tout a été pensé « bien-être » et « accessibilité » avant même que ce ne soit la mode !
Une œuvre patrimoniale saluée – et imitée !
Entre 1939 et 1940, devant le succès du premier, un deuxième immeuble quasi jumeau voit le jour à proximité. L’époque, c’est certain, est celle de l’audace architecturale : en 1989, les façades, terrasses, verrières, cours intérieures et rampes du premier édifice se retrouvent même inscrites au patrimoine des monuments historiques. Une reconnaissance méritée pour ce joyau urbain pas si facile à copier… même si le Solomon R. Guggenheim Museum, à New York, adopte une architecture similaire à partir de 1939.
- Design innovant et inclusif, très en avance sur son temps
- Revendiqué par Bossu comme une alternative à toutes les « barrières »
- Inscription au patrimoine en 1989 pour préserver leur valeur unique
Les Chalets de Bizillon ne sont pas qu’un tour de force technique : ils constituent une profonde réflexion sur l’habitat de demain, inclusif, ouvert, adapté à toutes les situations et tous les rythmes. À l’heure où accessibilité et qualité de vie sont sur toutes les lèvres, ils offrent une leçon d’architecture – et d’humanité – toujours d’actualité.
Et trente-six logements sans ascenseur, alors ?
Petite nuance pour les sceptiques du tout-rampant : certains n’ont pas manqué de rappeler qu’un ascenseur, ce n’est pas si mal pour monter poussette, courses ou mobilier encombrant, que ça évite même parfois les glissades… Et c’est, dans une certaine mesure, plus compact et économique à installer. Mais convenons-en : à Saint-Étienne, les Maisons sans escalier mettent le pas sur l’avant-garde, à leur « rythme » propre.
En conclusion : la prochaine fois que vous croisez un immeuble rond dans la Loire, tendez l’oreille. Il a peut-être bien des secrets à vous raconter… tout en douceur, sans le moindre escalier ni ascenseur à gravir !













