Ni eau ni électricité : 30 ans pour sauver ce manoir du XVIe siècle
Acquérir un manoir, c’est un peu comme acheter une baguette de pain : on pense que ce sera simple, mais il y a parfois quelques (gros) imprévus. Jack Frassetto, fils de maçon, en sait quelque chose. Quand il arrive à Parcé en 1981, bras dessus bras dessous avec Michèle, il se voit déjà chef de chantier dans sa future demeure, prêt à rafraîchir les murs à coup de truelle et de bonne humeur. Mais la réalité frappe avec la douceur d’une porte de grange mal fermée : près de trente années de travaux les attendent. Retour sur une aventure exceptionnelle, vue de l’intérieur.
Du coup de cœur à la réalité du terrain
À l’origine, Jack et Michèle Frassetto cherchaient un nid douillet sans travaux. Mais lors de leur première visite, ils tombent sous le charme du manoir de Rousson, de sa silhouette séculaire, du domaine et de la rivière qui le borde. « On ne voulait pas passer à côté », confie Jack avec le recul d’un homme qui sait désormais faire la différence entre une lucarne et une fuite d’eau.
Le manoir affiche alors fièrement ses origines du XVIe siècle, mais traîne aussi quelques casseroles. Après sa construction, il devient rapidement le domaine de métayers et passe quarante ans dans la peau d’un corps de ferme. Ambiance foin et grains à tous les étages : un pigeonnier ajouté au XVIe siècle sert au stockage du foin, tandis que les anciennes pièces nobles se transforment en entrepôts à céréales.
Découvertes, surprises et défis à l’ancienne
Le charme n’opère pas qu’à la première visite : la surprise s’invite très vite au menu. Les Frassetto découvrent des éléments déplacés voire disparus, à l’image d’une cheminée du premier étage venue du rez-de-chaussée, laquelle – farce du destin immobilier – a été… vendue. S’il n’est pas question de refaire l’histoire, Jack et Michèle s’appliquent du moins à raviver l’esprit d’origine du manoir, pièce par pièce.
Un an après l’achat, ils posent définitivement leurs valises, quittant Paris pour la campagne avec l’enthousiasme du premier jour. Sauf que là, ni eau, ni électricité. La cour, elle, se transforme en piscine naturelle à chaque épisode pluvieux, faute d’égouts. « Quand il pleuvait, la cour était pleine d’eau », s’amuse aujourd’hui Michèle, visiblement vaccinée contre le découragement. Amoureux du Moyen Âge, ils entament tout, de la plomberie à la réhabilitation des pièces nobles, sans oublier l’inscription du manoir aux Monuments historiques en 1984. Petite victoire officielle pour un immense défi quotidien.
Restaurer, embellir… et partager
Des années plus tard, le public est invité à franchir le seuil du manoir lors d’une visite guidée exceptionnelle. Pour beaucoup, c’est une plongée dans le temps. Pour les Frassetto, c’est l’occasion de distiller souvenirs et anecdotes, prouvant que derrière chaque pierre remise à sa place bat un cœur passionné. « Ils sont tellement passionnés », s’émerveille un visiteur, Jean-Paul, visiblement séduit par l’énergie du duo.
- Rénovation du bâti, épaulés par des artisans spécialisés ;
- Restitution d’éléments d’inspiration médiévale, comme le jardin d’amour imaginé d’après les modèles de courtoisie du Moyen Âge ;
- Valorisation de la mémoire des lieux : Jack expose des photos d’époque, et l’effet avant/après fait son petit effet auprès des curieux.
Aujourd’hui, Michèle a même installé son atelier de peinture dans une salle du premier étage, profitant chaque jour d’un décor dont elle ne se lasse pas. Quand on lui demande si elle referait tout, elle répond sans ciller : « Si c’était à refaire, on le referait ». Il y a des histoires d’amour qui durent plus que 30 ans.
Un conseil pour les candidats à la sauvegarde d’un patrimoine ?
Si l’aventure vous tente, sachez que restaurer une demeure historique réclame bien plus que de l’huile de coude. Il faut un brin d’audace, beaucoup de persévérance et une bonne dose d’autodérision. Car entre la découverte des éléments manquants, les inondations de la cour et la recherche du confort moderne, on rit souvent… après coup. Mais comme Jack et Michèle l’ont prouvé, la passion fait des miracles. Vous voilà prévenus !













