Étrange paradoxe : la moitié non rénovée de ces maisons jumelées fascine encore plus
Imaginez-vous flâner dans la Ruhr, ce secteur industriel allemand qui, jadis, battait au rythme des marteaux-piqueurs et du voisinage grouillant autour des mines. Les paysages urbains ont changé, c’est certain, mais une curiosité persiste : ici, d’anciennes maisons de mineurs, séparées en deux comme deux sœurs jumelles qu’on aurait laissées vivre des vies radicalement opposées, s’offrent au regard médusé des passants. La scène semble tout droit sortie d’un montage Photoshop, et pourtant, tout est bien réel…
La photographie, révélatrice du paradoxe
Le photographe allemand Wolfgang Fröhling a immortalisé ces étranges binômes sur pellicule, et non pour alimenter un jeu des sept erreurs. Installé à Bottrop, cœur du bassin minier de la Ruhr, il s’est lancé dans le projet Pixel (Pixelprojekt Ruhrgebiet) en 2003. Sa série, joliment baptisée Doppelhaushälfte – “une moitié de maison jumelée”, pour les germanophobes –, capture le destin croisé d’anciens logements de fonction des mineurs. Ceux-ci avaient pourtant, autrefois, le privilège de rester sur place à vie. Toute une époque !
Aujourd’hui, ces maisons, qui logeaient plusieurs familles, ont été partiellement ou totalement vendues, suivant la lente extinction des feux de la mine. Et voilà le spectacle : une moitié parfois pimpante, rafraîchie et bariolée, l’autre affichant fièrement ses rideaux défraîchis et ses volets antiques, comme si le passé s’accrochait aux murs. Le contraste est saisissant – et un rien déroutant.
Doppelhaushälfte : deux maisons, deux histoires
Nuance importante ! Ne tombez pas dans le piège de croire qu’on a scié une baraque en plein milieu, à la hache ou à la Dremel. On parle bien de deux maisons distinctes : les jumelles, mais chacune dotée de son identité, de son univers. Le terme allemand Doppelhaus signifie maison jumelée ; Doppelhaushälfte désigne tout simplement « une moitié » de cette entité, sans vouloir complexer les germanophones du dimanche.
Ces habitations arborent souvent une symétrie impeccable à la pâtisserie, mais sur le plan des travaux, c’est parfois la cacophonie totale. L’une a fait peau neuve façon grand standing, l’autre, elle, n’a pas bougé d’un iota depuis les années glorieuses du charbon. Il arrive même que chaque côté ait connu une évolution unique – pas étonnant que Fröhling s’y attarde ! Sur son site, les clichés mettent justement en exergue ce contraste troublant.
Authenticité défraîchie ou modernité éclatante ?
Pour ajouter à l’étrangeté de ses photos, Wolfgang Fröhling chasse la lumière douce et refuse toute place de stationnement devant sa cible – pas question qu’une Polo grise vienne distraire l’œil du spectateur. Selon lui, « cela fait seulement quelques années que les propriétaires sont redevenus vraiment fiers de leur maison et se sont lancés dans des travaux ». Il faut dire que les environs de ces bâtisses, coincés longtemps dans un passé rural fait de fermes, de poulaillers et d’enclos à cochons, n’ont évolué que récemment vers le résidentiel.
- Les couleurs vives s’invitent désormais sur les façades.
- Des ouvertures bien isolées remplacent peu à peu l’habillage métallique – fini les courants d’air dans la cuisine !
- L’ambiance champêtre s’efface doucement devant la vie moderne.
Et, paradoxalement, la vedette, dans tout cela ? La moitié non rénovée. Malgré (ou grâce à ?) son aspect défraîchi, on la trouve dotée d’une âme, d’une authenticité que la peinture fraîche ne parvient pas à égaler. Un pan du passé qui garde meilleure mine… littéralement ! Difficile de ne pas s’attarder sur ce charme patiné, à l’heure où la modernité avale tout sur son passage.
Alors, si un jour vos pas vous portent du côté de la Ruhr, gardez l’œil ouvert. Ces maisons jumelées raconteraient presque mieux l’histoire de leur région que n’importe quel musée. Parfois, la beauté tient dans ce qui n’a pas changé.













