La France, “cigale incorrigible”, file-t-elle droit vers la liquidation de ses trésors nationaux pour éviter la faillite ? Les chiffres sont cruels, les alertes résonnent – mais dans le fond, qui s’en soucie vraiment ? Tour d’horizon d’une économie qui jongle entre déficits abyssaux et déni collectif.
Des déficits qui s’accumulent, des Français qui regardent ailleurs
Si l’on devait faire le classement des sujets qui font lever les sourcils à la machine à café, la dette publique française trônerait aisément en tête. Le montant, 3 157,9 milliards d’euros au 31 mars, est dans toutes les têtes. Par contre, un autre déficit tout aussi préoccupant évolue dans l’indifférence quasi générale : celui des transactions courantes avec l’étranger, annoncé par la Banque de France à 19,4 milliards d’euros sur les douze derniers mois.
Il ne s’agit pourtant pas de broutilles. Ce déficit, au cœur du malaise hexagonal, rassemble l’ensemble des flux économiques avec le reste du monde : marchandises, services, tourisme… Bref tout ce qui fait voyager euros et produits made in France au-delà des frontières. Si les services et le tourisme tirent leur épingle du jeu avec des excédents, le commerce extérieur des marchandises, lui, accuse un trou béant de 60,3 milliards d’euros en douze mois. Voilà qui remet à sa place la petite musique rassurante que certains entonnent, de la gauche radicale à la droite la plus coquette.
La France, reine des importations : la fabrique d’un déficit « à la française »
Tout le monde s’accorde : la France produit trop peu, importe trop. Les analyses économiques convergent, et le refrain sonne comme une évidence (presque désagréable) : il faut produire plus, travailler plus, être plus compétitif. Nos voisins européens n’attendent pas que le ciel leur tombe sur la tête pour agir. Travailler davantage, réduire les charges, améliorer la qualité – des billevesées ? Peut-être pas. Mais il faut croire que ce n’est pas très vendeur, car aucun parti, aucun « brillant » intellectuel, aucun média ne s’y aventure franchement. La production nationale, c’est la démagogie : blockbuster permanent qui cartonne mieux que n’importe quel film sur Netflix. Reste à savoir qui aura le courage de décréter la fin du spectacle.
Il faudrait réussir à mobiliser les Français autour de l’effort dans les deux ans qui viennent – sous peine de finir, d’ici peu, sous les fourches caudines du FMI. L’idée d’un « impossible n’est pas français ! » prend ici un accent amer.
Réformes timides, débats sous tension
M. Macron, bien sûr, fait partie du casting, tout comme ses ministres. Mais un autre acteur, de poids : les Français eux-mêmes. Beaucoup rêvent déjà de la retraite à 60 ans, sans pour autant vouloir retrousser les manches. À ce rythme, selon certains, la France risque de rejoindre, dans quelques années, le niveau économique de l’Afrique du Nord. La solution miracle ? Elle tiendrait en un slogan : « Pour accroître son pouvoir d’achat et préserver sa souveraineté, il est recommandé de travailler et de produire plus et mieux… » Plus facile à dire qu’à appliquer, surtout quand l’appel à l’effort collectif n’a pas la cote et que l’attente vis-à-vis de l’État reste forte : « Français au boulot ! Et arrêtez de tout attendre de votre gouvernement ! ».
Du côté de Bercy, rien n’est simple :
- Des aides comme la garde d’enfants et les soins aux personnes âgées pourraient être préservés, mais le gouvernement cherche partout des économies, alors que 4 millions de foyers employeurs bénéficient de ces dispositifs.
- La réduction du nombre de fonctionnaires est évoquée, à un mois de la présentation des grandes lignes budgétaires. Amélie de Montchalin et Éric Lombard tirent la sonnette d’alarme.
- Le gouverneur de la Banque de France veut un effort « de tous, à commencer par les favorisés » pour corriger le déficit, alors que planchent déjà différentes pistes fiscales à annoncer avant le 14 juillet.
L’export, ce grand malade, et le poids de l’agriculture
Le Salon de l’Agriculture à Paris alerte sur une autre faiblesse : en 2024, l’exportation des produits agricoles français a été historiquement faible. La faute aux contraintes accumulées, selon Yves d’Amécourt, viticulteur et référent ruralités, agricultures et forêts. Ce n’est d’ailleurs pas qu’une question française : même l’Allemagne, pour la première fois depuis sa réunification, enregistre un déficit commercial proche du milliard, conséquence directe de la flambée des prix de l’énergie et de la concurrence accrue sur ses secteurs exportateurs. À l’inverse, l’Union européenne engrange un excédent commercial de plus de 48 milliards d’euros sur l’année, en particulier avec les États-Unis.
La balance commerciale française n’est pas le fruit du hasard, mais celui de choix politiques et économiques répétés, des disparités de croissance au sein de l’industrie manufacturière, d’une précarisation des emplois. Le contraste est saisissant avec l’Allemagne, championne du surplus avec un excédent de plus de 100 milliards d’euros.
En conclusion : jusqu’où irons-nous pour éviter la faillite ? La tentation est grande de vendre « les bijoux de famille » à l’étranger pour combler un gouffre de dettes effrayant. Mais si le diagnostic est unanime, le remède, lui, finit toujours par être repoussé. La vraie révolution française serait peut-être, cette fois, d’oser regarder les chiffres… et de retrousser les manches collectivement, avant que d’autres ne le fassent à notre place.













