La Poste, symbole centenaire de notre quotidien, connaît des heures agitées : sauver le service postal coûte cher… et envoyer une lettre va bientôt prendre (un peu) plus de temps. Décortiquons ce tournant qui mêle nostalgie, finances publiques et évolutions sociétales.

Un courrier qui fond comme neige au soleil

Envoyer une lettre était autrefois un geste anodin, presque quotidien. Mais aujourd’hui, la réalité est nette : d’après les données du gouvernement, le volume du courrier a chuté de 18 % rien qu’en 2020, une baisse accélérée par la crise sanitaire. Entre les e-mails, les applications de messagerie et tous les gadgets connectés, nos boîtes aux lettres voient de moins en moins de paperasse (hormis les redoutées factures et pubs, il faut l’avouer).

En 2008, chaque ménage français expédiait en moyenne 45 lettres prioritaires par an. En 2020, ce chiffre a plongé… à 5. Autant dire qu’aujourd’hui, le timbre rouge est en voie de disparition dans nos tiroirs.

Résultat ? L’activité historique de La Poste s’est retrouvée déficitaire dès 2018, pour atteindre un gouffre de 1,3 milliard d’euros en 2020. La catastrophe n’est pas totalement jugulée : si rien ne change, ce déficit pourrait encore se maintenir au triste score d’un milliard d’euros, menaçant même de peser sur d’autres activités du groupe, comme la logistique ou les services bancaires — domaines soumis à une concurrence féroce.

L’État à la rescousse… et pas qu’un peu !

Face à cette situation, le gouvernement n’a pas hésité : la dotation dont bénéficiera La Poste pour sauver le service universel postal sera conséquente. Jean Castex, Premier ministre, a annoncé que « chaque année, au moins 500 millions d’euros » viendraient alimenter la trésorerie de La Poste. La fourchette se situerait entre 500 et 520 millions d’euros annuels, dès 2022, pour compenser les surcoûts liés notamment à la mission de service public de 2021. C’est dire si l’urgence est prise au sérieux.

Toutefois, avant de casser la tirelire, il faudra que la Commission européenne juge la dotation compatible avec la réglementation — l’Europe surveille, courriers ou pas courriers !

  • Au moins 500 millions d’euros chaque année, pour le service universel postal
  • Une enveloppe supplémentaire de 174 millions d’euros pour l’aménagement du territoire, maintenue par l’État selon ses annonces

Les négociations s’annoncent serrées pour la période 2023-2025, le gouvernement voulant les entamer « dès les prochaines semaines » pour définir les nouveaux contours de ce service indispensable, mais fragile.

Un délai rallongé pour les lettres : J+3 au lieu de J+2

C’est officiel : La Poste va s’offrir un petit délai supplémentaire pour livrer le courrier. À partir de 2023, la gamme de services sera recentrée sur une offre en J+3. Autrement dit, votre chère lettre mettra trois jours pour arriver à bon port, contre deux aujourd’hui. Rien d’alarmant, mais changement d’époque : l’urgence n’est plus la norme et l’objectif est clair. Cette évolution devrait permettre à La Poste d’économiser la bagatelle de 400 millions d’euros par an. On comprend vite que derrière ce « jour de plus » se cachent de lourds enjeux de rationalisation, de modernisation et surtout… d’adaptation à la baisse du courrier papier.

Ce grand virage, qui prendra place juste avant la signature du nouveau contrat d’entreprise 2023-2028 entre l’État et La Poste, doit être mis au point d’ici la fin de l’année 2022. Le gouvernement assume ainsi ce changement, arguant qu’il correspond mieux à nos usages actuels. Après tout, qui attend vraiment un courrier « prioritaire » chaque semaine aujourd’hui ?

Des solutions et des critiques sur le bout de la langue

La question du financement ne laisse pas indifférent. Plusieurs rapports parlementaires, dont celui de l’ancien député du Lot Jean Launay, proposent des solutions alternatives pour combler le trou du service universel postal : taxer les opérateurs de télécommunications, ou piocher directement dans le budget de l’État, voire accorder une dotation budgétaire pouvant grimper à 730 millions d’euros, assortie d’un allègement fiscal sur la taxe sur les salaires à hauteur de 270 millions d’euros.

Cette pluie d’argent public alimente les débats, teintés d’ironie chez certains : d’aucuns y voient l’entretien d’une « médiocrité intellectuelle » ou le sauvetage d’un « dinosaure », préconisant plutôt d’investir dans le numérique ou les start-up innovantes, voire… d’en finir tout bonnement avec le principe même de la Poste, certains pays n’ayant déjà plus de service postal public. Mais la disparition des facteurs et des guichets jaunes du paysage hexagonal, est-ce imaginable pour tout le monde ?

Conclusion : Adapter La Poste, ou tourner la page ?

La Poste entame un vrai chantier de transformation, défiée par l’ère digitale et son propre déficit. L’aide de l’État, la réorganisation des priorités (et des délais !) sont autant de réponses concrètes à une réalité qui, qu’on le veuille ou non, court plus vite que le courrier. Un conseil : si votre prochaine lettre est vraiment urgente, pensez-y plus tôt – ou sortez le téléphone, ce sera peut-être (encore) plus rapide !

Vous aimerez aussi dans « Dernière minute »

Laisser un commentaire